Autor: Sara Caballero
Une étude récente coordonnée par le Laboratoire européen de référence pour les encéphalopathies spongiformes transmissibles (EURL-TSE) a examiné la manière dont les mesures de biosécurité sont mises en œuvre dans les laboratoires européens travaillant sur les maladies à prions, telles que la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ), l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) et d'autres maladies apparentées.
Cette étude, qui s'appuie sur une enquête menée auprès de 31 laboratoires nationaux de référence en Europe, met en évidence des progrès importants, mais aussi des domaines dans lesquels des améliorations restent nécessaires pour protéger le personnel travaillant avec ce type d'agents infectieux.
Pourquoi les prions sont-ils particulièrement dangereux en laboratoire ?
Les maladies à prions sont causées par des protéines mal repliées, appelées prions, qui s'accumulent principalement dans le système nerveux central.
Contrairement aux bactéries ou aux virus, les prions présentent des caractéristiques qui les rendent particulièrement complexes, car ils ne contiennent pas de matériel génétique et ne déclenchent pas de réponse immunitaire. De plus, ils sont très résistants aux méthodes habituelles de désinfection, restant actifs même après des processus de décontamination standard.
Cela signifie que travailler avec des tissus potentiellement infectés nécessite des mesures de sécurité très spécifiques, car on travaille généralement avec des tissus à forte charge ou à forte teneur en prions, tels que les échantillons de cerveau et de liquide céphalo-rachidien.
De plus, bien que le risque soit faible, des cas de contamination professionnelle chez le personnel de laboratoire ont été rapportés, ce qui a accru l'inquiétude au sein de la communauté scientifique.
Qu'a analysé cette étude ?
L'étude consistait en une enquête envoyée aux 31 laboratoires nationaux de référence européens spécialisés dans les maladies à prions.
Des aspects tels que les protocoles de biosécurité, la formation du personnel, les niveaux de confinement biologique, les procédures de décontamination, la gestion des accidents et la manipulation d'échantillons à haut risque ont été évalués.
L'objectif de l'étude est de déterminer si tous les laboratoires appliquent des mesures similaires et d'identifier d'éventuelles failles.
Bonne nouvelle : la plupart des laboratoires appliquent des mesures de sécurité adéquates
Les résultats ont été, dans l'ensemble, positifs.
La plupart des laboratoires utilisent des guides spécifiques de biosécurité, limitent l'accès au personnel autorisé, proposent une formation spécifique aux travailleurs, utilisent des cabines de sécurité biologique et disposent de procédures d'élimination sûre des déchets.
De plus, pratiquement tous les centres effectuent leurs activités de diagnostic en toute sécurité.
Il subsiste toutefois des différences importantes
L'une des conclusions les plus significatives est que les mesures ne sont pas appliquées de manière homogène dans tous les laboratoires.
En d'autres termes, tous ne suivent pas exactement les mêmes protocoles.
Parmi les différences constatées, on peut citer l'absence de directives spécifiques aux prions dans certains centres, l'absence de protocoles concrets pour certaines techniques ou encore des divergences dans l'évaluation formelle des risques.
Ceci est important car toutes les procédures de laboratoire n'impliquent pas le même niveau d'exposition.
Par exemple, des techniques telles que l'ELISA, le Western Blot, ainsi que les inoculations expérimentales peuvent augmenter le risque si elles ne sont pas réalisées selon des protocoles spécifiques, étant donné qu'on travaille généralement avec des échantillons de cerveau, un organe contenant une charge très élevée de prions.
L'utilisation de matériel tranchant : l'un des principaux risques
L'étude souligne que l'un des risques les plus importants pour le personnel est l'utilisation d'objets tranchants tels que des aiguilles ou des scalpels. En effet, certains des accidents du travail décrits dans d'autres études étaient liés à des piqûres ou des coupures accidentelles, toujours lors de la manipulation d'échantillons de cerveau infecté principalement.
C'est pourquoi les chercheurs soulignent la nécessité d'éviter leur utilisation autant que possible et d'appliquer des protocoles stricts lorsqu'elle est indispensable.
L'importance de l'évaluation des risques
Un autre aspect essentiel est l'évaluation formelle du risque biologique.
Cela implique d'analyser soigneusement les échantillons manipulés, car tous les échantillons biologiques ne présentent pas le même niveau de charge infectieuse ou de charge prionique ; les plus dangereux étant les échantillons de cerveau ou de liquide céphalo-rachidien, comme mentionné précédemment. De plus, il est important d'analyser les procédures mises en œuvre, l'équipement utilisé et les risques encourus par le personnel
L'étude montre que tous les laboratoires n'ont pas mené à bien ce processus de manière structurée.
Les auteurs soulignent que cette évaluation n'est pas seulement une question technique, mais aussi une question d'organisation et de gestion, car elle nécessite un soutien institutionnel et des ressources.
Que va-t-il se passer désormais ?
En réponse à ces résultats, le laboratoire européen de référence a mis en place plusieurs mesures, à savoir la création d’un référentiel numérique de guides et de protocoles, l’organisation de réunions périodiques entre les laboratoires européens, l’échange de bonnes pratiques de laboratoire et le suivi des améliorations par le biais de futures enquêtes.
L’objectif est d’harmoniser les procédures à l’échelle européenne et de minimiser tout risque professionnel.
À la Fondation espagnole des maladies à prions, nous apprécions tout particulièrement la publication d'études comme celle-ci, qui contribuent non seulement à améliorer la sécurité des professionnels travaillant dans le domaine des maladies à prions, mais renforcent également la qualité et la coordination de la recherche en Europe.
Chaque amélioration des procédures, de la formation du personnel et de l'évaluation des risques constitue une étape importante pour continuer à faire progresser la connaissance des maladies à prions et établir des bases plus solides pour les progrès futurs.
Cliquez ici pour lire l'article original (en anglais).



